Ralentir le temps

Protocole de recherche

Je sortais d’un cycle de 7 ans de création à temps plein avant de m’engager dans l’enseignement des arts visuels au cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. J’ai constaté, avec cette vie plus conventionnelle que j’entrais malheureusement dans la roue incessante et trop rapide du métro-boulot-dodo laissant ainsi mon mode de vie plus anarchique…

J’ai l’image facile d’une piscine dans laquelle tout le monde tourne dans le même sens sauf moi et une poignée d’autres anarchistes… Moi, « l’artiste engagée » qui nageait à contre-courant en réagissant contre le système social établi. Même-ci c’était parfois épuisant de vivre avec cette énergie réactionnaire, j’ai toujours valorisé et visualisé ma vie ainsi. Ou, encore, je me sentais comme le saumon qui remontait la rivière afin de respecter sa propre essence et d’assurer la survie de son espèce…

Pour me sortir du métro-boulot-dodo, j’ai créé un protocole de recherche avec une discipline digne d’un yogi en instinct de survie. Depuis septembre 2014, je marche et je cours tout en recueillant des photographies d’animaux morts, des déchets laissés sur le bord de la route, des photographies de scènes mettant en opposition un artefact-culture versus un artefact-nature ou tous autres objets picturalement intéressants pour lesquels j’invente une petite histoire.

Ce processus est un moyen pour moi d’observer, de questionner et d’embellir le comportement humain en utilisant des artéfacts visuels. Comme si les traces et les déchets laissés par l’humain étaient des indices sociologiques et anthropologiques afin de le comprendre et de le remettre en question.

L’exposition Ralentir le temps, est le produit de ce protocole de recherche. Ma banque d’images recueillies témoigne d’instants de vérités. Une sélection est faite afin de les maroufler (coller) sur un support en bois. Ce qui me permet d’intervenir en peinture et d’y incorporer un langage plastique et une richesse picturale. Parfois, la peinture envahie littéralement la photographie et parfois la photographie reste maîtresse de l’œuvre et laisse transparaître l’objet de départ. On peut percevoir un dialogue entre l’objet réel laissé à l’abandon et l’intervention plastique qui embellit ou détruit cedit objet. Parfois, les titres des œuvres témoignent du processus de création et non des œuvres finies. De cette manière, je mets l’emphase sur le parcours de vie. Le chemin parcouru qui pour moi, est plus important que sa finalité…Je m’inscris alors dans la philosophie du mouvement Slow…art!

Ce processus de création dure depuis 3 ans. Ce qui veut dire que depuis ce temps, je refais toujours, ou presque, le même trajet afin de me garder éveillée à ce qui se passe autour de moi. Comme Camus, j’utilise l’allégorie de Sisyphe. « L’homme en quête de sens pris dans un trajet répétitif qu’il qualifie d’absurde. Est-ce que la réalisation de l’absurde nécessite le suicide ? Camus répond : « Non, elle nécessite la révolte. » »https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Mythe_de_Sisyphe

 

Ces images croquées sur le vif font foi de moments de vécus afin d’éviter de sombrer dans l’absurdité de ce monde dépourvu de sens et de spiritualité et souvent, sans respect pour l’environnement. C’est donc à travers l’art que je suis capable de canaliser cette énergie de révolte et enfin, retrouver le saumon en moi!